Nomadness, c'est le podcast dédié à celles et ceux qui rêvent d’un mode de vie nomade où le voyage occupe une place permanente 🧳 🌍 Je suis Chloé, et chaque semaine, je vous fais découvrir un nouvel aspect du (digital) nomadisme en solo, en vous partageant une réflexions, des conseils des bons plans ou une rencontre ☀️ Ensemble, on explore les voies pour créer un mode de vie nomade en solo sur mesure et lever toutes les barrières — mentales, sociales et logistiques — qui nous empêches de passer à l’action ! 👊

épisode 23

Tout quitter pour l’Amérique latine en quête de sens — avec Alice

Alice était consultante dans un grand cabinet de conseil quand elle a décidé de tout quitter pour partir seule en Amérique du Sud. Sans billet de retour.

Dans cet épisode, elle revient sur le pourquoi de ce voyage, sa formation de professeure de yoga, le stop en camion de l’Argentine au Chili, sa rencontre avec Emiliano aujourd’hui son mari, leurs expériences de volontariat en Nouvelle-Zélande … bref, sur ce voyage, qui a marqué un tournant dans sa vie !

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j’avais besoin d’un alignement de valeurs. Alors, j’ai décidé de partir. 

Transcription de l'épisode

Aujourd’hui, je vous partage mon échange avec Alice. C’est une interview un peu différente de celle que vous avez l’habitude d’écouter par ici, parce qu’Alice est sédentaire depuis plusieurs années maintenant. C’est avec beaucoup de recul qu’elle revient sur sa période nomade dans l’épisode d’aujourd’hui.

En 2014, Alice a tout plaqué. Elle quitte un poste très bien installé dans un grand cabinet de conseil en Suisse et prend un aller simple pour l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, elle nous raconte ce voyage qui a tout changé pour elle. Elle nous partage ses expériences de volontariat, sa formation de prof de yoga au Brésil et la rencontre en Argentine de celui qui est aujourd’hui devenu son mari, Emiliano. Et tout ça, elle nous le partage avec beaucoup de douceur, d’authenticité et un recul précieux aussi. Allez, place à l’interview !

Hello Alice, bienvenue sur Nomadness. Je suis ravie de t’avoir avec moi aujourd’hui pour que tu nous parles de ton expérience de nomade qui date d’une dizaine d’années déjà.

Est-ce que pour commencer, tu peux te présenter ?

Alice : Salut Chloé, je suis Alice, je suis prof de yoga depuis à peu près une dizaine d’années. J’habite dans une toute petite maison avec mon mari que je connais depuis une dizaine d’années.

Il y a une dizaine d’années, en 2014, tu vis en Suisse. À quoi ressemblait ta vie là-bas, avant de partir en voyage ?

Alice : J’habitais en Suisse, j’étais consultante dans une grosse boîte de conseil pour un client pas plus petit. Je travaillais en bureau toute la journée, j’habitais sur place et je faisais des missions de temps en temps dans différentes villes d’Europe. J’ai fait ça pendant quatre ans à peu près.

Tout plaquer en quête de sens

Et t’as décidé de tout quitter et de partir. Est-ce que tu peux raconter cette décision, expliquer pourquoi ?

Alice : J’ai choisi ce job de consultante parce que quand j’ai fini mon école de commerce, je savais toujours pas ce que je voulais faire. J’ai cherché un job qui correspondait à ce que j’avais fait dans mon stage d’année de césure. Quand j’ai fait l’interview, je savais même pas que j’allais partir en Suisse. J’avais oublié que j’avais postulé en Suisse.

Au fur et à mesure des années, je me rendais bien compte que oui, c’était intéressant, j’apprenais des choses, mais j’étais de plus en plus mal à l’aise avec les valeurs que ça représentait, de travailler pour des grosses boîtes, pour des projets qui dépensaient des millions dans des choses qui me paraissaient pas forcément très pertinentes.

Un jour, je suis partie avec mon frère en Argentine pour un mariage d’amis à lui. Pendant ce voyage, j’ai décidé : « je vais partir, maximum dans un an, pendant au moins six mois. » Mais il fallait que je décide ce que j’allais faire pendant ce temps-là. Je savais que je ne pourrais pas juste voyager et visiter des sites touristiques. Au bout d’un mois et demi, je serais là à me demander pourquoi je fais ça.

J’avais besoin d’un alignement de valeur. Je trouvais que c’était ridicule l’argent que je gagnais par rapport à mon impact sur la société. Je me disais qu’il y a beaucoup de gens qui mériteraient de gagner ce que je gagne et que moi, ce que j’apportais, ce n’était vraiment pas… Il y avait une dissonance pour moi.

J’ai pris la décision, je me suis donné un an pour partir. J’ai vendu tous mes meubles, je me suis remise en coloc pendant les derniers mois. À chaque fois que je vendais un truc, je me disais « je suis plus légère, j’ai pas le poids des choses. » Ça, c’était super dans le processus de préparation.

Comme j’avais commencé depuis peut-être deux ans à faire du yoga et de l’acroyoga et que j’étais à fond dedans, je me suis dit « on va voir ce qui se passe quand je pousse un peu plus un truc qui me plaît et voir où ça peut me mener. » J’ai décidé que j’allais dédier ce voyage à faire des formations en yoga, en acroyoga et à rencontrer des gens autour de ce monde-là pour voir où ça allait me mener.

Et t’es partie seule ? Ça a toujours été une évidence pour toi que t’allais partir seule ?

Alice : En fait, je me suis même pas posé la question. Je n’étais pas en couple. C’était une évidence d’ensemble. Je me suis pas dit « j’ai l’option de partir accompagnée. » Ça m’a même pas traversé l’esprit.

T’avais pas peur ? T’avais pas des appréhensions par rapport au fait de voyager seule, en plus aussi loin sur d’autres continents ?

Alice : Pas du tout. J’ai toujours fait beaucoup de choses toute seule. Quand j’avais 17 ans, je suis partie faire mes premières études à 800 km de la maison et j’étais toute seule. Avant ça, je suis partie toute seule pendant un an et demi en Nouvelle-Zélande, où j’ai fait six mois d’échange universitaire + une année de césure. Donc, partir toute seule en voyage, ça ne m’a pas fait peur du tout.

Le choix de l’Amérique Latine

 

T’as décidé de partir, tu avais été en Argentine avec ton frère à l’occasion d’un mariage, mais est-ce qu’il y avait autre chose, une autre raison pour laquelle t’as choisi l’Amérique latine ?

Alice : J’avoue que c’était une décision qui n’était pas super rationnelle. J’avais toujours eu envie d’aller en Argentine. Je ne sais pas du tout d’où ça vient. J’ai toujours eu envie d’aller en Argentine. Je n’ai même pas fait des recherches dessus. Je me suis dit « ça m’intéresse, l’Argentine. » Le fait que j’y sois allée avec mon frère a dû me conforter dans cette idée-là, parce que ce que j’ai vu m’a plu. Et puis, l’espagnol, comme j’avais déjà ça dans la poche, c’était pratique.

Sur ce processus-là, quand j’ai commencé à dire que j’allais peut-être me former en yoga, j’en ai parlé à mes deux profs, et il y en a un qui m’a dit « Alice, je te connais bien, moi j’ai fait cette formation-là, je pense qu’elle te correspond à 200%. » Et il se trouve qu’elle avait lieu au Brésil. Donc, tout s’alignait, mais pas de raison particulière rationnelle pourquoi l’Amérique latine.

La préparation d’un voyage sans billet retour

Tu t’es laissé un an pour partir, ce qui est une très bonne chose déjà d’avoir une deadline pour être sûre de concrétiser le projet. Mais au-delà de ça, comment t’as préparé ton départ ? Est-ce que t’avais un plan ? Comment tu t’es préparée financièrement ?

Alice : Je me suis donné un an. Pendant cette année-là, les premiers mois, c’était décider ce que je voulais faire de mon voyage. Ensuite, c’était assurer mes arrières financièrement. J’ai travaillé pendant quatre ans en Suisse en tant que consultante et j’avais une vie plutôt d’étudiante. J’allais au boulot en vélo. Le soir, j’allais faire des jams, des sessions de pratique libre d’acroyoga dans le parc. Entre midi et deux, j’avais ma petite tambouille et j’allais m’asseoir à côté de la rivière. J’étais un peu une outsider par rapport aux gens du boulot. J’ai mis beaucoup d’argent de côté.

C’était une inquiétude en moins. Je me suis dit « j’ai un peu de marge sur mon voyage, j’ai de quoi retomber sur mes pattes. » Je savais que si j’avais un problème et que je rentrais en France, j’avais de la famille qui allait m’héberger, à peu près n’importe où en France parce que la famille est grande.

J’ai vendu la plupart de mes affaires mais j’ai gardé dans des cartons des trucs dont je me disais « j’en aurai besoin quand je me réinstallerai en France » parce qu’il y avait un grenier chez ma mère où j’ai pu garder des choses.

J’ai réservé ma formation de prof de yoga au Brésil, c’était tout le mois de mars 2015, et j’ai réservé deux formations d’acroyoga et d’acrobatie au Mexique en octobre 2015. Ça, c’était un peu le cadre de mon voyage. Et à partir de là, j’ai pris les billets pour partir. Je suis arrivée en Argentine, j’ai fait quelques trucs. Et après, je suis allée faire ma formation, puis je suis repartie. Les formations et les stages d’acroyoga et de yoga ont donné les directions à mon parcours.

Le soutien familial dans la décision de tout quitter

Tu parlais de ta famille et du fait que tu avais ce backup-là qui était quand même très rassurant. Quelle a été la réaction de ton entourage par rapport à ta décision ?

Alice : Mon entourage m’a beaucoup soutenue. J’en ai parlé récemment avec mon père qui m’a dit « ça m’a fait flipper ton truc, mais je sais que je ne vais pas prendre des décisions à ta place et que c’était ton expérience à vivre. »

Ce qui n’a pas été trop compris, c’était pourquoi j’ai démissionné et pas pris une année sabbatique. Tout le monde me disait « mais t’es folle, pourquoi tu prends pas juste une année sabbatique ? » Je savais que ça se passait très bien au travail et que si finalement je revenais, je n’aurais pas de problème à être reprise. Mais je savais aussi qu’il y avait 99% de chances que je ne revienne pas. Je me voyais pas devoir imprimer des papiers à signer pour valider ma démission 6 mois ou 1 an après, alors que j’étais persuadée que je n’allais pas retourner dans cette boîte. Et effectivement, j’ai bien fait.

Récit du voyage en l’Amérique Latine

Maintenant que tu nous as parlé de toute la phase de préparation, est-ce que tu peux nous raconter ton voyage ? Où es-tu allée ? Combien de temps es-tu restée ?

Alice : Je crois que j’ai fait quelques jours à Buenos Aires et ensuite, je suis allée au Brésil. Au Brésil, j’ai fait un peu de couchsurfing, puis pendant un mois la formation de yoga.

Ensuite, j’avais un mois pour aller de la formation de yoga à Buenos Aires et sur le chemin, j’ai décidé de faire un jeûne. J’avais ma tente avec moi dans mon sac à dos. Je suis partie et j’ai trouvé une réserve naturelle sur la côte d’Uruguay où je suis allée en bus. Un bus m’a posée au milieu de nulle part, je suis arrivée avec mon sac à dos dans un camping au milieu d’une réserve naturelle, réserve militaire. C’était hors saison, donc il n’y avait pas d’autre campeur. J’ai fait une semaine de jeûne. Il y avait un vieux monsieur dans un mobilhome que j’ai rencontré au bout de 2-3 jours. Le soir, j’allais boire de l’eau chaude avec lui.

Puis ensuite, je suis repartie. Je suis passée par Montevideo, j’ai fait du couchsurfing. Je suis arrivée à Buenos Aires, j’ai fait du couchsurfing. Et là, il y a eu l’événement d’acroyoga, donc 5 jours de formation, stage intensif. J’ai trouvé sur la page Facebook de l’événement des gens qui participaient et qui pouvaient héberger. J’ai rencontré des gens qui sont toujours mes amis maintenant, qui m’ont hébergée et c’était trop bien.

Comme j’allais à un autre événement d’acroyoga au Chili et que ces amis vivaient à Mendoza, à l’ouest de l’Argentine, juste de l’autre côté de la cordillère des Andes par rapport à Santiago du Chili, je me suis dit « je vais au Chili, mais je les reverrai après. » J’ai pris mon bus, j’ai passé une nuit à Mendoza avec mes copines, on a dit « on organise un stage d’acroyoga, je reviens dans trois semaines. »

J’ai fait trois semaines au Chili, j’ai rencontré toute la communauté d’acroyoga là-bas. Et ensuite, je suis revenue à Mendoza donner un stage d’acroyoga. Et puis, là, j’ai fini par rencontrer la personne qui est mon mari maintenant. Je ne savais pas trop combien de temps j’allais rester. Finalement, je suis restée deux mois.

On a fait des petits voyages entre Mendoza et on est allé à Cordoba, un peu plus au nord. Puis après je suis repartie parce qu’il y avait une autre formation d’acroyoga où j’étais assistante et c’était au Nicaragua. Je suis partie passer un mois au Nicaragua. J’étais logée chez un mec de l’acroyoga, donc j’habitais avec lui, chez sa maman, dans une grande maison où il y avait des manguiers.

Ensuite, je suis partie au Mexique où j’ai été pendant un mois aussi et j’ai fait mes deux formations à Guadalajara et un peu plus dans la campagne, à l’ouest du Mexique. J’ai rencontré plein de gens, c’était super. Au Nicaragua, j’ai donné des cours de yoga; la personne qui m’a logée était prof de yoga aussi et m’a donné certains de ses créneaux pour que je puisse faire quelques cours.

À la fin de ma formation au Mexique, j’ai pris un avion pour aller en Nouvelle-Zélande où j’ai retrouvé Emiliano qui est mon mari maintenant. Et là a commencé la partie à deux, c’était fini le voyage toute seule.

Les rencontres qui façonnent le voyage : Couchsurfing et accueil de la communauté d’acroyoga

Par rapport au couchsurfing, ça a été ton hébergement principal pendant ton voyage, de ce que j’ai compris, autour de la communauté d’acroyoga notamment ?

Alice : Le couchsurfing m’a servi au début de mon voyage et après, je faisais l’équivalent du couchsurfing, mais sans passer par la plateforme. Je disais « je vais dans telle ville » et on me disait « il y a tel ou tel contact. » Ou je les avais déjà rencontrés à un événement et donc on allait voir les copains et on dormait sur un matelas par terre. Et si une personne n’avait pas de place, on allait chez d’autres.

À partir du moment où je suis rentrée dans cette communauté, je n’en suis plus sortie. C’est un vecteur incroyable de rencontre. Comme c’est une pratique acrobatique, les relations deviennent très proches très rapidement parce qu’on est en contact physique respectueux, joyeux, avec de l’échange, du rire. Et puis, de la confiance parce qu’il y a quelqu’un qui fait une parade, qui assure ta sécurité. La personne qui porte ou qui est portée te fait confiance. Donc les relations se font très vite, très fortes.

Je pense qu’aussi en Amérique latine, en Argentine en particulier, au Chili aussi beaucoup, la communauté dans ce monde-là est particulièrement chaleureuse, incroyable. Tu fais tout de suite partie de la famille, tout le monde t’accueille à bras ouverts, c’est juste incroyable.

Tu étais partie avec une aisance financière relative parce que t’avais pas mal d’économies de côté, et tu t’es quand même orientée vers le couchsurfing, alors même que t’avais pas trop de problèmes d’argent. Pourquoi ce choix ?

Alice : Oui, pour deux raisons. Même si j’avais des sous de côté, je n’avais pas prévu d’aller à l’hôtel, jamais. J’étais dans une auberge de jeunesse au Brésil, mais je savais que si je voulais voyager sur la durée, je n’avais pas envie de dépenser en un mois toutes mes économies. Je suis quelqu’un qui fait assez attention, je ne suis vraiment pas très dépensière. Je crois que c’est un truc de famille.

Et aussi parce que c’est la meilleure manière de rencontrer des gens. Le premier couchsurfing que j’ai fait à Buenos Aires, je ne me rappelle plus comment il s’appelait, mais il m’avait emmenée rejoindre ses potes à des concerts, m’a expliqué où aller, où ne pas aller, donc c’est hyper rassurant.

Sur l’ensemble de ton voyage en Amérique latine, est-ce qu’il y a une destination, une expérience, un coup de cœur qui t’a particulièrement marquée et que tu voudrais partager ?

Alice : C’est toujours difficile pour moi de répondre parce qu’en fait, ce ne sont pas les lieux qui m’ont marquée tant que ça, ce sont les gens. Cette communauté d’acroyoga dont je parle, les gens en Argentine, les gens à Mendoza, qui sont maintenant ma famille, par alliance, mais aussi par cœur.

À Mendoza, j’ai été accueillie et j’avais 5 maisons où je pouvais me sentir comme chez moi. Plus que les lieux, ce sont vraiment les gens qui m’ont marquée. Pareil à Santiago du Chili, la communauté d’acroyoga m’a accueillie de manière incroyable.

En termes de destination, pour moi, comme j’avais fait le choix du couchsurfing et comme j’avais fait le choix de voyager par rapport à ces activités qui sont hyper sociables, ce sont plus les gens que les lieux qui m’ont marquée.

Un voyage solo sans galère : c’est possible !

Est-ce qu’à l’inverse, il y aurait peut-être une destination, une expérience que tu aurais moins aimée et quelque chose que tu aurais fait différemment ?

Alice : Franchement, non. Elles ont été toutes différentes. Il n’y a pas un endroit où je suis allée où je me dis « je ne pense pas que j’y retournerai si je refaisais le même voyage. »

Et au niveau des gens, t’as pas eu de mauvaise expérience humaine ?

Alice : Non, je ne crois pas. En tout cas, si j’en ai eu, je ne l’ai pas enregistré en tant que telle. Je me suis posé la question avant notre discussion, mais de mauvaises expériences humaines, je n’en ai pas en mémoire.

Je suis quelqu’un de hyper optimiste, hyper positif, qui fait confiance très vite. Je vois tout de suite le bon côté des gens et ça le fait ressortir aussi. Une personne différente aurait vécu les mêmes expériences que moi, mais on n’aurait probablement pas vécu la même chose. Je n’ai aucun souvenir de quelque chose de négatif avec des gens, même des gens que je ne connaissais pas. J’ai fait des trucs que plein de gens considéreraient comme dangereux et il ne m’est rien arrivé.

Tu disais que t’avais pas eu de galère de voyage, alors même que t’as fait des trucs considérés comme dangereux. C’est quoi ces trucs dangereux qui se sont bien passés pour toi ?

Alice : J’ai pris une fois le bus quand il faisait nuit à Buenos Aires dans des quartiers qui ne sont pas du tout des quartiers touristiques pour rentrer à mon couchsurfing. Il y a plein de touristes dans ce pays qui ne feraient pas ça, mais je savais que je n’étais pas dans les quartiers où il ne fallait pas le faire.

De Mendoza, j’ai fait du stop, on était deux filles. À l’époque, en 2015, j’avais vingt-sept ans. On a été prises en stop par un camion. C’est le genre de chose que personne ne veut faire, surtout des filles. Et ça s’est super bien passé. C’était sympa d’ailleurs.

J’ai refait du stop camion au Chili avec un copain. C’était rigolo. J’ai vu que dans les camions, ils boivent du maté là-bas, une infusion où il faut remettre de l’eau régulièrement. Dans les camions, tu peux poser ta tasse de maté et appuyer sur un bouton et ça te sert juste la quantité d’eau qu’il faut pour ton maté. Et comme ça, ils peuvent boire du maté en conduisant. C’est trop bien. Mais ça, tu ne le sais pas si tu n’as pas fait du stop en camion.

Je n’ai pas de mémoire non plus de galère de voyage parce que j’ai toujours eu de l’aide partout. À partir du moment où il y avait un couchsurfing, je pense que c’était encore le début de couchsurfing et ça a beaucoup changé en dix ans. J’étais toujours accueillie à bras ouverts, on venait m’aider, on m’aidait à me déplacer.

Donc, galère de voyage, non. Mais je ne suis pas quelqu’un d’anxieuse. Donc, peut-être que des choses qui me sont arrivées auraient été perçues comme des galères de voyage pour quelqu’un d’autre. Si j’avais raté mon bus, j’imagine que je me serais dit « bon, je prendrai le suivant » et ce n’est pas ça qui a marqué mon voyage parce que ça n’a pas généré une anxiété qui m’aurait marquée.

Tu parlais de couchsurfing qui est un outil que tu as utilisé beaucoup. Est-ce que tu en as d’autres à recommander pour celles et ceux qui voudraient voyager, qui soient spécifiques à l’Amérique latine ou pas ?

Alice : Quand j’ai voyagé, j’ai utilisé la page web de Couchsurfing parce que je n’avais pas de smartphone, c’était il y a dix ans. Je me disais qu’il valait mieux que j’aie un téléphone qui ne soit pas très intéressant quand je voyage. Et puis, il n’y avait pas 50 000 apps comme il y a maintenant.

Donc, je ne peux pas recommander une app parce que je n’avais pas d’app. C’est sûr que passer par une communauté de quelque chose, ça aide. Je utilisais les groupes Facebook d’acroyoga dans telle ville et j’écrivais « je suis une voyageuse française qui vient toute seule, est-ce que quelqu’un a un canapé pour moi ? ». Ou alors, les gens chez qui j’allais me disaient « je connais untel là, sa sœur a un frère, c’est machin, tu peux aller chez eux. » Comme t’arrives en tant que voyageur exotique, ça ouvre des portes.

Le blog, outil de journaling pour conscientiser son voyage

Un autre sujet dont je voulais parler : quand t’as commencé à voyager, en quittant ton poste en Suisse, t’as créé un blog, Building Bubble, c’est ça. Pourquoi t’as commencé à documenter ton voyage sur un blog?

Alice : Je pense que c’était une manière de faire un journal et surtout pour que la famille et les amis puissent suivre ce que j’avais fait. J’imagine que c’était aussi une manière pour moi de réfléchir sur ce que je faisais. Je pense que j’y réfléchissais beaucoup plus en écrivant des choses que si je ne le faisais pas.

C’était plutôt une sorte de journal. Je sais que le blog n’existe plus maintenant, mais je crois que j’ai encore les articles. Ça serait rigolo de les re-regarder. Ce n’était pas quelque chose que je voulais qui grandisse particulièrement. Je n’ai pas cherché à faire du SEO, du référencement. J’avais commencé à faire quelques interviews de personnes intéressantes parce que je trouvais ça chouette de rencontrer du monde. J’imagine que si je faisais la même chose maintenant, j’aurais lancé un podcast.

Voyage à deux : Woofing en Nouvelle Zélande & Couchsurfing en Australie

Pour la suite de ton voyage, t’as dit qu’une fois que t’as rencontré Emi, vous êtes partis ensemble en Nouvelle-Zélande, c’est ça ? Est-ce que tu peux nous raconter un peu la suite ?

Alice : On ne s’est pas vus pendant trois mois, pendant que je finissais mon voyage toute seule que j’avais prévu, et pendant que lui, pendant trois mois, il organisait de fermer sa vie personnelle sur place pour pouvoir voyager sur une durée indéterminée. C’était encore une fois un voyage sans billet retour parce que moi j’étais partie aussi toute seule sans billet retour.

D’ailleurs, avant de passer au voyage à deux, quand je suis partie, je n’ai pas pris de billet de retour et je me suis dit « je ne sais pas, peut-être que je vais m’installer en Argentine et je vais bosser là-bas. » Je suis partie sans savoir ce qui allait se passer. Je suis même partie sans me dire « je vais être prof de yoga. »

On s’est retrouvés en Nouvelle-Zélande. Emi m’attendait à l’aéroport. Mon vol était en retard de plusieurs heures, il était tout seul à m’attendre. On a passé trois mois en Nouvelle-Zélande, tout ce qu’on pouvait avec le visa touristique parce qu’on n’a pas réussi à avoir les autres visas Working Holidays. En fait, il y a tellement de gens d’Argentine qui veulent y aller que c’était un tirage au sort et il ne l’a pas eu.

Donc on a fait visa touristique, on a fait du woofing, donc échange de travail contre hébergement et nourriture. On a fait que l’île du Nord. Tout le monde dit « mais pourquoi ? C’est l’île du Sud qui est trop belle. » On préférait rester un peu plus longtemps dans chaque endroit et vraiment voir l’endroit, y vivre et pas juste passer comme un train et faire « oh, c’est joli, c’est joli, c’est joli. »

On a travaillé dans une ferme d’avocats (il n’y avait pas d’avocats, ce n’était pas la saison). On est allé jusqu’à tout au nord, on a travaillé pour une dame qui gérait toute seule une auberge de jeunesse et un gîte sur la Ninety Miles Beach, la plage de 90 miles. On a travaillé pour une famille qui avait besoin d’un coup de main pour s’occuper des enfants, c’était un peu des vacances ce moment-là.

On a travaillé chez un mec qui avait travaillé pendant vingt ans à Sydney dans la finance et puis qui avait acheté une maison au fin fond d’une petite vallée et qui avait trois moutons. Le matin on ramassait les crottes de moutons et puis on a fabriqué un compost qu’on pouvait faire tourner. Il y avait des sources d’eau chaude dans le village où les propriétaires nous ont fait rentrer le soir et on avait des sources juste pour nous. Franchement, il y aurait mille trucs à dire sur ces voyages.

Après ça, donc 3 mois en Nouvelle-Zélande, on est partis en Australie pendant deux mois où on est restés pas mal chez de la famille d’Emi qui avait une cousine en Australie, à Brisbane. Ensuite, on est restés trois semaines chez une copine que j’avais rencontrée en formation d’acroyoga à Canberra et ça valait le coup de vivre un peu avec la communauté là-bas. On a fait un peu de couchsurfing à Melbourne, à Sydney, c’était trop bien. On n’a pas travaillé en Australie.

Et après, on est partis en Thaïlande pour faire une formation de massage thaï qui fait partie de la pratique de l’acroyoga. On a fait une formation de deux semaines intensive et on a visité la Thaïlande. On a passé deux mois en Thaïlande avec un petit aller-retour en Malaisie pour renouveler mon visa. Parce que c’était juste un mois pour les Français, pas pour les Argentins.

Après, on s’est dit « bon, what next ? Il va falloir s’arrêter, vivre quelque part. » Ce qui nous a fait arriver en France à cette époque-là, c’est qu’on m’avait proposé pendant mon voyage… Un prof d’acrobatie, de cirque m’a demandé, avec deux autres filles, de reprendre l’organisation d’un événement d’acrobatie en France en juillet. Je me suis dit que je ne pouvais pas refuser une opportunité aussi incroyable. Donc j’ai accepté. Nous sommes revenus pour cet événement. Nous avons acheté des couteaux pour les cuisiniers en Thaïlande. Nous avons organisé l’événement à distance, avec moi et une autre personne en Thaïlande, une autre à Bali ou en Inde, et la troisième qui vivait en Suisse. Nous nous sommes retrouvés pour l’événement en France, et j’y ai rencontré pour la première fois l’une d’entre elles. Par la suite, nous avons décidé de nous installer en France. Nous avons passé quelques mois là-bas, puis nous sommes partis deux mois dans sa famille en Argentine. Finalement, nous sommes revenus nous installer en France en décembre 2016. J’avais passé un peu plus d’un an et demi sur la route.

Retour de voyage & sédentarisation en France

Aujourd’hui, vous vivez en France de manière totalement sédentaire. Comment s’est passé ce retour de voyage et cette sédentarisation?

Alice : En termes de motivation, nous devions regagner de l’argent et nous n’étions pas digital nomads. Pour donner des cours de yoga et d’accroyoga, nous pouvions faire des stages ponctuels, mais il était préférable d’être dans un lieu où nous pouvions créer une communauté et avoir une régularité. Personnellement, je sentais que j’avais besoin de remettre des racines quelque part. J’avais besoin de me sentir chez moi. Je commençais à me fatiguer d’être toujours chez quelqu’un d’autre pendant mes voyages.

Nous nous sommes donc demandé où nous allions nous installer. Nous aurions aimé vivre en Nouvelle-Zélande ou en Australie, mais comme nous ne voulions pas reprendre des emplois de bureau, nous ne pouvions pas obtenir un visa de travail classique sans employeur. Ce n’était pas une option pour nous – il était plus important d’être indépendants et d’avoir une flexibilité qui nous permettrait de continuer des expériences similaires à celles de nos voyages tout en vivant de manière sédentaire.

Nous avons donc choisi entre la France et l’Argentine. J’ai oublié de mentionner que nous nous étions mariés pendant notre séjour en France. Étant mariés, nous pouvions vivre dans le pays de l’un ou de l’autre sans problème de visa. Les deux options nous convenaient parfaitement, mais en Europe, il y avait l’événement annuel que nous avions commencé à organiser, de nombreux événements d’acrobatie auxquels nous pouvions participer, et une grande communauté. Financièrement aussi, les revenus en Europe nous permettraient plus facilement d’aller voir la famille en Argentine que des revenus argentins pour venir en Europe. Je pense que nous avons fait le bon choix.

Il me semble qu’en vivant en Europe aujourd’hui, vous vous déplacez régulièrement pour des événements d’accroyoga, notamment la semaine prochaine à Amsterdam et un autre événement à Berlin?

Alice : Oui, dans le milieu de l’acrobatie amateur, où se mêlent aussi des professionnels du cirque, nous avons chaque année un événement dans le sud de la France et une rencontre à Berlin qui est un peu comme des vacances entre amis. Nous nous arrangeons pour avoir un lieu d’entraînement. C’est toujours le même lieu chaque année. D’ailleurs, c’est le même ami qui organise cet événement qui nous a passé la main pour l’organisation de l’événement en France. C’est un petit milieu.

Là, nous allons à Amsterdam voir des amis de ce même groupe qui y habitent et qui nous invitent depuis des années. Comme ils présentent un spectacle, nous allons les voir. Il y a deux ans, nous sommes allés en Suède à un autre événement d’acrobatie. À force d’organiser notre événement qui est très international, nous avons des contacts un peu partout. Nous avons prévu un road trip pour aller en Autriche en passant par la Suisse et l’Allemagne pour rendre visite à tous ceux qui nous ont invités.

Nous pouvons être mobiles car Amy travaille comme graphiste indépendante et je suis professeure de yoga. Je suis le calendrier scolaire et je me ménage des périodes sans cours qui me permettent d’avoir cette flexibilité.

Si on faisait un bilan dix ans après cette période de nomadisme, quels ont été les impacts dans ta vie aujourd’hui, en tant que personne, et qu’en retires-tu?

Alice : Je n’imagine pas où je serais si je n’avais pas fait cela. Peut-être serais-je devenue une consultante en burnout, je ne sais pas. Mais je ne pense pas que je serais restée longtemps dans cette vie-là. Je pense qu’il était inévitable que je fasse quelque chose comme ça à un moment donné.

Aujourd’hui, ce que je fais est beaucoup plus aligné avec mes valeurs de partage. J’ai l’impression d’avoir plus d’impact social en donnant des cours de yoga où je peux apporter une meilleure compréhension du corps, du souffle, de l’intériorité et un peu de bien-être aux gens. Ce que je faisais avant était beaucoup moins pertinent. J’ai donc trouvé un alignement avec mes valeurs, qui était ce que je recherchais.

Amy et moi habitons dans une tiny house, une micro-maison sur roues, sur un terrain qui nous appartient. C’est vraiment sédentaire, mais je pense que le voyage nous a permis d’apprendre à vivre dans des espaces restreints. D’ailleurs, la première année et demie de notre relation, nous avons passé presque 24 heures sur 24 dans le même espace, partageant complètement notre lieu de vie. Cela nous a aidés à être capables de vivre avec peu de matériel dans de petits espaces.

Quand j’ai commencé à vendre mes meubles pour quitter la Suisse et partir en voyage, chaque objet dont je me séparais me soulageait d’un poids. Cela a juste confirmé les directions que je voulais prendre avant mon voyage : moins de possessions et plus de connexions avec les gens, plus de place pour une vie sociale locale et internationale.

Ce voyage m’a apporté des amis dans le monde entier. Si je vais en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Argentine, au Chili, au Nicaragua, ou partout en Europe, j’ai de la famille ou des amis. Cela m’a renforcée dans l’idée que la plupart des gens sont sympathiques.

Conseils aux (futur·e·s) nomades

Pour terminer, quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui est tenté par une expérience nomade mais qui n’a pas encore franchi le cap?

Alice : Je dirais d’avoir confiance. Pas une confiance aveugle en toute personne rencontrée, mais avoir confiance en ses choix, en soi, en se disant que si on est attiré par cette expérience, il faut y aller. C’est une expérience, il y a forcément des choses qui fonctionnent mieux que d’autres. Je dis cela sans avoir vécu de grandes galères en voyage. Mais avoir confiance aide à considérer les choses moins comme des problèmes et plus comme des expériences.

Il faut se rappeler que les difficultés sont ce qui nous fait apprendre, et que oui, la plupart des gens ont un bon fond. Quand on arrive avec confiance, c’est surtout cela qui ressort. Bien sûr, le bon sens est important quand on voyage seul, comme dans la vie en général. Je n’ai pas eu de problèmes parce que je n’ai pas fait de choses imprudentes, comme retirer de l’argent au milieu de la nuit dans un quartier réputé dangereux.

La confiance est quelque chose qui devient de plus en plus difficile à avoir dans notre société, et pourtant, il y a peu de gens qui ne méritent pas notre confiance. Avoir confiance en la vie permet de toujours retomber sur ses pieds, même après des difficultés. C’est peut-être facile à dire parce que je me considère comme quelqu’un de chanceux, mais c’est aussi une façon de voir les choses.

Si tu devais définir en un mot ce que ta période de nomadisme et de voyage a représenté pour toi?

Alice : Ma vie. En fait, cette expérience a façonné beaucoup de ce que je suis aujourd’hui. J’ai vécu et je continue à vivre sur cet élan. Donc soit « vie », soit « élan ».

Je pense qu’à travers ces mots – confiance, vie, élan, joie – on comprend que faire un voyage comme celui-là ou un autre, mais surtout faire ce que notre cœur nous appelle à faire, nous fait sortir de notre zone de confort. Cela peut donner une direction à notre vie qu’on n’aurait jamais imaginée, car on rencontre des personnes hors des cadres dans lesquels on a grandi si on a eu une éducation classique. Après, on ne voit plus la vie de la même manière. Cela permet d’apporter des dimensions incroyables à la vie.

Merci Alice pour ton partage qui, je pense, en inspirera plus d’un. On peut te retrouver sur les réseaux sociaux?

Alice : Oui, même si je ne suis pas très régulière. J’essaie car j’en aurai besoin bientôt pour de nouveaux projets : @aliceyogacro ! 

Merci à toi, c’était un plaisir de replonger dans cette expérience avec toi. À bientôt!

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