
épisode 1
Être nomade, c'est quoi ? Ma définition du nomadisme
Qu’est-ce que signifie réellement être nomade ? Spoiler : ce n’est pas faire ses valises et partir faire un tour du monde… et ça n’est pas non plus nécessairement vivre dans une tente et se déplacer à dos de chameau !
Dans cet épisode :
👉 je pars de la définition du dictionnaire
👉 je vous donne mon ressenti sur la façon dont notre société ressent le concept de nomadisme
👉 et je partage ma définition du nomadisme
« À mon sens, il y a autant de modes de vie nomades que de nomades »
Pour ce premier épisode, j’ai décidé de commencer par une question en apparence simple, mais en fait, on verra que pas tant que ça.
Le nomadisme, qu’est-ce que c’est ?
Chloé : Pour traiter ce sujet, j’ai commencé par aller demander à notre ami dictionnaire Le Larousse. On va chercher la définition de nomadisme, tout simplement. Et ce qui en ressort, c’est assez intéressant.
Alors déjà, quand on cherche nomadisme, on trouve « vie de vagabondage, de nomade« . Donc, merci Larousse. Du coup, j’ai été chercher « nomade » et là, il y a deux définitions.
La première définition, c’est « se dit des peuples, des sociétés dont le mode de vie comporte des déplacements continuels. Exemple : tribu nomade.«
Et la deuxième définition, c’est « par extension, qui n’a pas de domicile fixe et qui se déplace fréquemment ».
Si on analyse un petit peu ces définitions, il y a beaucoup de choses qui sont intéressantes.
La première, c’est que la définition originelle selon le dictionnaire Larousse est une définition communautaire. On parle de peuple, on parle de société et on parle de tribu. C’est particulièrement intéressant pour nous. Le thème de ce podcast, c’est le nomadisme en solo. Et en fait, on voit qu’il y a une antinomie. Il y a une contradiction dans ces deux notions dès le départ.
La deuxième définition, c’est « par extension », donc vraiment elle découle de la première : « qui n’a pas de domicile fixe et qui se déplace fréquemment ». Et les synonymes qui sont associés, c’est « vagabond, voyageur ».
Ce qui est intéressant ici, c’est qu’il y a quand même une notion d’inconstance et d’instabilité qui ressort vraiment dans cette définition.
Et la deuxième chose, c’est qu’il y a une perspective qui est quand même assez négative. Déjà, c’est une définition avec, grammaticalement parlant, une tournure négative : « qui n’a pas de domicile fixe ». Donc on définit le nomade par la négative, parce qu’il n’a pas et pas parce qu’il a.
Ensuite, le terme synonyme qui est associé, c’est « vagabond », donc qui n’est pas forcément un terme avec une connotation très positive.
Et l’exemple d’utilisation du terme qui est donné, c’est encore plus intéressant, c’est « terrain interdit aux nomades ». Donc là, on voit encore une fois que c’est un groupe qui est placé comme en marge de la société, qui est exclu d’une situation.
Donc tout ça, je trouvais ça assez intéressant.
Le regard de notre société sur les nomades
Ce qui m’a amenée aussi à traiter ce sujet, c’est mes constats dans la vie de tous les jours. Quand je dis que je suis nomade, j’ai observé des réactions assez différentes.
Je dirais qu’à peu près 5% des gens s’en fichent un peu, c’est-à-dire ils me disent « ouais, c’est cool ». Mais ça, c’est une extrême minorité.
Après, il y a, je dirais, grosso modo, 20% des gens qui sont hyper curieux, qui posent des questions, qui sont un peu envieux, qui me disent : « Ah, c’est génial, mais alors tiens, comment tu trouves tes logements et comment tu fais pour ci, comment tu fais pour ça ? » Donc ils sont vraiment intéressés et ont un peu les yeux qui pétillent, ça les intrigue.
Et tout le reste, donc les 75% restants se moquent de moi de manière assez crue, assez franche, assez assumée. J’ai quand même eu le droit, assez récemment d’ailleurs, à : « Mais du coup, tu dors dans une tente ? » Quand bien même ça aurait été le cas, je ne vois pas particulièrement le problème. Et surtout, c’est un énorme préjugé qui est là, pour le coup, hyper lié à la première définition qui était donnée par le Larousse. Donc, si je la reprends, c’est « se dit des peuples et des sociétés dont le mode de vie comporte des déplacements continuels ». C’est vraiment cette image-là qu’on a.
La deuxième réaction que je peux avoir et que j’ai assez souvent finalement, notamment de mes proches, enfin de mes amis en tout cas, d’amis d’avant que je connais d’avant ma vie nomade du coup, c’est que je fais un peu la rebelle. Genre : « Ah ouais, mais t’es une ouf toi, en fait, tu fais pas comme les autres. »
Ça, c’est une réaction qui est vraiment assez commune, qui est encore une fois, je pense, basée sur beaucoup de préjugés. Mais aussi, surtout, j’ai réfléchi, je pense que cette réaction-là, elle n’est pas si différente de la première. En fait, au fond, les gens qui me disent ça, c’est des gens qui sont un peu envieux. C’est des gens qui trouvent ça cool, mais qui ne vont pas le formuler comme ça.
Et il y a aussi, parmi les gens qui sont un peu négatifs quand je dis que je suis nomade, il y a beaucoup de gens qui m’associent à la communauté des nomades digitaux en général. Pas dans le bon sens du terme. C’est les gens qui ont beaucoup d’argent, qui voyagent beaucoup, qui prennent l’avion tout le temps et du coup c’est mauvais pour la planète, qui font monter les prix parce qu’ils ont les moyens de se payer des logements très chers dans les pays pas chers, etc.
Et donc ces sujets-là, ils ne sont pas complètement hors de propos, au contraire. Par contre, généralement, on nous plaque un peu cette image-là un peu extrême dessus.
Donc, toutes ces réactions-là, en fait, elles sont assez en adéquation avec la définition commune que nous donne même le dictionnaire du nomadisme.
Repenser la définition du nomadisme aujourd’hui
Moi, je pense que le nomadisme, ce n’est pas ça, en fait. Aujourd’hui, ce n’est plus ça. Il y a des évolutions qui ont eu lieu beaucoup, depuis le Covid notamment, mais pas que. C’était le cas avant aussi.
Aujourd’hui, le nomadisme, c’est un choix de vie qui est moderne, qui est en essor, notamment avec le nomadisme digital. Mais pas que.
Et le nomadisme, c’est d’avoir vraiment une vie indépendante d’un lieu physique. Pour moi, c’est ça.
Et ce qui est hyper important, pour moi, de faire passer comme message, c’est que, à mon sens, il y a autant de modes de vie nomade que de nomades, ou quasiment en fait.
C’est-à-dire qu’on peut être nomade et bouger de lieu tous les deux jours. On peut être nomade et bouger de lieu tous les 6 mois ou tous les ans. Mais pour moi, c’est surtout une question de perspective. C’est : est-ce qu’on se voit comme indépendant d’un lieu physique de vie ou pas ?
Et on peut être nomade et avoir une base. Il y a beaucoup de nomades qui ont une base, qui reviennent régulièrement, qui ont leur vie là. Mais qui ne sont pas dépendants de cette base et qui peuvent la quitter à tout moment pour aller vivre pour une durée X depuis un autre endroit.
On peut être nomade et vivre en van. On peut être nomade et vivre en appartement et changer régulièrement d’appartement, comme moi. Il y a mille modèles possibles dont certains sont plus historiques que d’autres d’ailleurs.
Par exemple, je pense au cirque. Les compagnies de cirque, c’est vraiment un mode de vie de nomade. C’est pérenne. Donc ce n’est pas un mode de voyage qui est circonscrit à une temporalité.
Et ça, pour moi, c’est important aussi dans le nomadisme, c’est-à-dire que c’est différent de dire : « J’ai pris une année sabbatique, je prends mon sac à dos et je fais un tour du monde. Mais je sais que dans un an, je vais revenir derrière mon bureau et je vais retrouver ma maison et tout. »
Ça, ce n’est pas du nomadisme pour moi, c’est une année sabbatique, c’est du backpacking, c’est du voyage et c’est un mode de voyage qui est tout à fait louable et qui est très différent.
Mais pour moi, dans « nomadisme », il y a une dimension pérenne. C’est un mode de vie qu’on peut durer dans le temps, qui n’a pas de date de péremption, entre guillemets, et c’est aussi pour ça que j’ai choisi d’ailleurs.
Le nomadisme n’est PAS forcément digital
Le dernier point sur lequel je voudrais revenir avant de clore cet épisode, c’est que le nomadisme n’est pas que le nomadisme digital. Je l’ai un peu dit déjà, mais je voulais vraiment développer sur ça.
Le nomadisme digital, c’est une facette du nomadisme, mais ça n’est pas la seule.
Pour ça, je vais donner plusieurs exemples qui montrent qu’on peut être nomade et travailler sans être dépendant d’un lieu physique, sans travailler en ligne pour autant.
Il y a notamment un photographe qui s’appelle Enzo Lucia qui est photographe spécialisé dans la technique du collodion humide. Je vous laisserai aller voir son compte Instagram ou son site web si ça vous intéresse, mais qui est une technique de photographie ancienne en fait. Et lui, il a un studio ambulant et il se déplace avec son studio dans un van ou une camionnette. Et donc, il a la possibilité d’être complètement nomade. Pour autant, il ne travaille pas en ligne. Il produit des œuvres d’art uniques et des photographies uniques grâce à la technique du collodion humide.
Il y a comme modèle nomade qui ne soit pas du nomadisme digital, j’en ai déjà parlé, il y a le cirque, il y en a plein d’autres, toutes les professions qui sont liées au voyage.
Moi, je suis photographe et donc j’ai une partie de mon travail qui est en digital, forcément, tout ce qui est contact avec le client, post-production, envoi des photos, etc. Mais pas que, j’ai aussi une partie terrain qui est d’ailleurs importante pour moi.
Bref, tout ça pour dire qu’il y a beaucoup de personnes qui se limitent en se disant : « Ah, le nomadisme, ce n’est pas pour moi parce qu’en fait, moi, j’aimerais bien, mais trop galère de trouver un job à distance. Ou alors, moi, je n’ai pas envie d’être derrière mon ordi toute la journée. Ce que je préfère, c’est faire un job où je suis au contact des gens ou alors où je suis dehors. »
Et en fait, c’est possible, ça existe. Il y a plein de modes de nomadisme qui peuvent se créer, qui peuvent s’inventer, qui n’existaient pas il y a quelques temps, mais qui aujourd’hui sont possibles.
Donc, c’est aussi l’objet de ce podcast, c’est d’ouvrir un peu les vannes pour montrer qu’il y a plein de voies qui existent !
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